En bref
Une mâchoire large est le trait le plus commenté du visage, et pour une raison qui n’a rien à voir avec la morphopsychologie : c’est un marqueur d’attractivité dans la culture visuelle contemporaine, particulièrement pour les visages masculins. Cette charge esthétique brouille la lecture, parce qu’elle fait attribuer à la forme des qualités qu’on lui prête d’abord par goût.
Ce que la grille de Corman observe est plus étroit et plus vérifiable : la mâchoire renseigne sur la façon dont une personne tient dans la durée, pas sur sa force de caractère.
Ce qu’on observe exactement
Trois éléments, dont un invisible de face.
Trois éléments distincts, dont deux se voient de face et un seulement de trois quarts.
La largeur bigoniaque. Le terme est celui de l’anthropométrie, est la distance entre les deux angles de la mâchoire, juste sous les oreilles. On la lit en la comparant à la largeur au niveau des pommettes. Une mâchoire aussi large que les pommettes donne un visage carré ou rectangulaire ; nettement plus étroite, un visage triangulaire.
L’angle se voit de trois quarts : c’est la netteté avec laquelle la ligne horizontale de la mâchoire rencontre la ligne verticale du cou. Un angle marqué, presque droit, se distingue d’une transition arrondie. C’est un critère indépendant de la largeur, une mâchoire étroite peut avoir un angle très net.
La fermeté relève de la deuxième loi, celle de la tonicité : le contour tient-il sa ligne, ou s’affaisse-t-il légèrement sous l’angle ? Corman y lit l’intensité avec laquelle l’énergie est engagée, indépendamment de la forme.
Ce que la grille en tire
Une mâchoire large et ferme correspond à un étage instinctif développé et tonique. La lecture morphopsychologique y voit de l’endurance : une capacité à rester dans l’effort après que l’élan initial est retombé. Ce n’est pas de la force d’âme, c’est de la constance, et cette constance a son revers, que Corman note aussi : une difficulté à réviser une position une fois prise.
Une mâchoire étroite relève de la rétraction sur cet étage. Elle est associée à une sensibilité plus vive aux signaux extérieurs, et à une action plus sélective : on s’engage moins souvent, mais sur des choses mieux choisies. Les vulgarisations y voient de la timidité ; c’est une interprétation, pas ce que dit la méthode.
Une mâchoire large mais atone. Large et molle à la fois, est le cas que les raccourcis ne prévoient pas, et c’est justement celui qui montre l’intérêt de la deuxième loi. La grille y lit un potentiel d’endurance qui n’est pas mobilisé : la structure est là, l’engagement ne suit pas.
Un biais à connaître
La largeur de mâchoire est l’un des traits les plus sexuellement dimorphiques du visage humain : à structure comparable, un visage masculin présente statistiquement une mâchoire plus large. Une lecture qui ne tient pas compte de cette base fait donc systématiquement apparaître les hommes comme plus « instinctifs » et les femmes comme plus « cérébrales », ce qui ne renseigne sur personne.
La comparaison utile est donc interne au visage, mâchoire contre pommettes, contre front, et non la largeur mesurée dans l’absolu.
Ce qu’une mâchoire ne dit pas
Elle ne dit rien de l’agressivité, rien de la dominance, rien de la fiabilité de quelqu’un. Ces associations viennent de la physiognomonie et des travaux de Lombroso sur les « types criminels », entièrement discrédités et directement responsables de discriminations documentées. Corman s’en est démarqué, et sa méthode ne les autorise pas.
Pour situer une mâchoire, il faut aussi regarder le menton, qui appartient au même étage mais s’en distingue, et le front, dont le rapport à la mâchoire porte l’essentiel de la lecture.