En bref
Les trois premières lois de Corman décrivent comment lire un visage. La quatrième dit ce que vaut cette lecture, et pendant combien de temps.
Elle est presque toujours absente.
Cette absence n’est pas un hasard. Une méthode qui rappelle que ses conclusions périment se prête mal aux titres qui promettent de révéler une personnalité. La loi la plus prudente de Corman est donc devenue la plus discrète, alors qu’elle est peut-être ce qu’il y a de plus solide dans son travail.
Deux échelles de temps
Corman distingue ce qui bouge dans la journée de ce qui bouge sur des années, et les deux n’ont pas le même statut.
À l’échelle d’une journée, ce qui varie relève de la tonicité, sa deuxième loi. Un visage fatigué en fin de journée a des contours moins tenus qu’au réveil, les paupières descendent, le modelé des joues s’affaisse un peu. Rien de structurel n’a changé. Une lecture faite le soir surestimera donc l’atonie, et c’est une source d’erreur banale que peu de praticiens signalent.
À l’échelle des années, la forme elle-même se modifie. La perte de tonicité des tissus redessine le contour de la mâchoire et du menton. Le volume des lèvres diminue. Les pommettes se creusent ou s’empâtent selon le poids. L’implantation des cheveux recule chez beaucoup d’hommes, ce qui change le rapport des trois étages sans qu’aucun étage n’ait bougé.
Ce que Corman appelle intégration
Le mot est mal choisi et mérite d’être expliqué. Corman ne parle pas d’intégration sociale, mais de la façon dont un organisme incorpore ce qu’il traverse. Une contrainte prolongée, dans son hypothèse, ne laisse pas seulement une expression passagère. Elle finit par être intégrée à la forme.
C’est le point où sa méthode devient une hypothèse forte, et où elle est le plus attaquable. Rien n’établit qu’une contrainte affective modifie l’ossature faciale. La croissance osseuse répond à des facteurs génétiques, nutritionnels et mécaniques, et l’effet supposé d’une histoire personnelle sur elle n’a jamais été mesuré. Notre page sur la dilatation et la rétraction revient sur ce saut logique, qui est le même.
Pourquoi cela change la lecture
Trois conséquences suivent, et elles sont toutes gênantes pour l’usage courant de la méthode.
Aucune lecture ne peut fonder une décision durable. Si la forme observée est un état, s’en servir pour juger d’une aptitude professionnelle revient à décider sur une photographie prise un mardi soir. C’est un argument de plus contre l’usage en recrutement, qui est de toute façon une discrimination sanctionnée par l’article 225-1 du code pénal.
Une lecture doit être datée. Un rapport morphopsychologique sans date d’observation prétend implicitement décrire une nature stable. Le nôtre porte sa date, et indique la durée pendant laquelle il reste consultable.
Les interventions esthétiques brouillent tout. Rhinoplastie, injections, chirurgie de la mâchoire modifient exactement les critères que la grille observe, et rien dans la méthode ne permet de faire la différence à l’œil nu. Corman écrivait avant que ces pratiques ne soient courantes. Sa quatrième loi les anticipe malgré lui, puisqu’elle dit que la forme bouge, sans prévoir qu’elle puisse être choisie.
La loi la plus honnête de la méthode
Il faut le reconnaître à Corman. Il aurait pu s’arrêter à trois lois et livrer une grille de lecture qui se suffise à elle-même. La quatrième affaiblit délibérément la portée des trois autres, et il l’a écrite quand même.
C’est ce qui le distingue le plus nettement de la physiognomonie dont il voulait s’écarter. Lavater et Lombroso lisaient des natures, fixes et héritées. Corman lit un état, réversible et daté. La différence est théorique, puisque son hypothèse n’est pas plus démontrée que la leur. Elle est décisive sur ce qu’on s’autorise à conclure d’un visage.
Voir aussi ce que Corman voulait construire et la méthode dans son ensemble.