En bref
Une bouche bouge en permanence. Elle se pince, elle s’étire, elle se relâche, et chacune de ces positions modifie ce qu’on croit observer. C’est la difficulté propre à cette zone : l’expression y domine la structure bien plus qu’ailleurs, et une lecture faite sur une seule image capte presque toujours un état passager.
Corman insiste donc sur l’observation au repos, bouche fermée sans contraction. En pratique, c’est une condition rarement réunie sur une photographie, les gens sourient devant un objectif, ce qui déforme précisément cette zone.
Ce que la grille observe
L’épaisseur se lit sur chaque lèvre séparément, et leur rapport compte autant que leur somme. Une lèvre supérieure fine sous une inférieure charnue ne se lit pas comme deux lèvres également pleines.
Le dessin du contour. L’ourlet est-il net, avec une ligne visible, ou la transition avec la peau est-elle progressive ? Corman rattache la netteté à la tonicité, indépendamment de l’épaisseur.
La largeur de la bouche, comparée à la largeur du visage au niveau des pommettes ou à la distance entre les pupilles.
La mobilité au repos. Les commissures sont-elles tenues, tombantes, légèrement remontées ? C’est le critère le plus fragile, parce que le plus sensible à l’humeur du moment.
Ce que la grille en tire
L’épaisseur d’abord, puis le contour.
Des lèvres charnues et nettement ourlées relèvent de la dilatation tonique sur cet étage. La lecture morphopsychologique y voit un rapport direct au plaisir et à l’expression : ce qui est ressenti se manifeste, et ce qui est désiré se dit.
Des lèvres fines se rattachent à la rétraction. Corman y lit une économie d’expression, moins de mots, plus de retenue, et non une absence de sensibilité, distinction que les vulgarisations perdent presque toujours. « Lèvres fines, personne froide » est un jugement esthétique déguisé en lecture.
Un ourlet flou, indépendamment de l’épaisseur, relève de l’atonie : la structure ne tient pas sa ligne. Associé à des lèvres épaisses, il produit le cas que les raccourcis ne prévoient pas, du volume sans fermeté, que la grille lit comme un appétit peu canalisé.
Une bouche large est associée chez Corman à l’expansivité dans l’échange, une bouche étroite à une sélection des interlocuteurs.
La bouche dans son étage
Les lèvres partagent l’étage instinctif avec la mâchoire et le menton, et c’est leur rapport qui porte la lecture. Une bouche pleine dans un étage instinctif large et ferme se lit comme cohérente ; la même bouche dans un étage étroit produit un contraste que Corman traite comme une tension interne, un appétit que la structure ne soutient pas.
Ce que des lèvres ne disent pas
Elles ne disent rien de la sensualité d’une personne, rien de sa vie intime, rien de sa générosité. L’association entre lèvres charnues et sensualité est un code esthétique daté et culturellement situé, largement construit par la publicité du vingtième siècle. La confondre avec une lecture morphopsychologique, c’est habiller un goût en méthode.